Un petit article sur un orateur grec, parce que ça faisait longtemps. Pas n'importe lequel, s'il vous plaît : Démosthène. Un auteur très agaçant à traduire, je ne vous le cache pas. Mais bon,
c'est un incontournable, que voulez-vous... Notre homme est connu - outre ses discours, naturellement - pour son engagement politique contre Philippe de Macédoine (le père d'Alexandre le
Grand).
Petit cours d'histoire rapide et lacunaire
Je ne vous présente pas Athènes, qui a connu son heure de gloire au V
e avant JC, notamment en s'illustrant contre les Perses lors des guerres médiques. Ça, c'était au début du siècle ;
à la fin, la situation est moins glorieuse puisque Athènes est battue par la grande rivale Sparte (plus d'info sur les conséquences de cette défaite dans
cet article). Après cela, s'en est fini de l'hégémonie d'Athènes. Sparte a un moment le pouvoir, puis est battue par Thèbes (la
ville grecque, hein, pas l'égyptienne). Et finalement c'est la Macédoine, menée par Philippe II, qui va mettre tout le monde d'accord milieu IV
e.
La Macédoine, début IV
e, c'est un pays considéré comme "barbare" par les Grecs, dont personne n'imagine qu'à peine 50 ans plus tard, il aura mis au pas les plus grandes cités de Grèce.
Quand Démosthène évoque Pella, la capitale, il parle d'un lieu "petit et obscur". Pourtant, c'est bien de là qu'émerge Philippe, qui va remettre sur les rails son royaume où tout va mal. Après
avoir réglé la politique intérieure, il commence une expansion de ses terres...
Voilà, pour vous situer un peu le contexte. Le
Sur La Couronne est en fait un discours judiciaire, prononcé par Démosthène pour se défendre lui-même, même s'il n'est pas l'accusé. Le
procès à la base oppose Eschine, partisan de Philippe, à Ctésiphon ; ce dernier, ami de Démosthène, a proposé que l'on remette à l'homme politique une couronne pour services rendus à la cité.
Mais cette démarche ne plaît pas Eschine qui la juge, pour diverses raisons que je ne vous exposerai pas, illégale. Il intente donc un procès à l'auteur de la proposition de loi, mais attaque à
travers lui Démosthène.
Démosthène se défend en insistant sur deux points : son comportement exemplaire vis-à-vis de la cité, sa bienveillance envers ses concitoyens, et aussi la supériorité naturelle d'Athènes (oui, il
avait un peu la grosse tête). À l'inverse, Eschine est présenté comme un traître, un fils d'esclave qui n'est animé que par l'argent et l'envie de gloire. Quant à Philippe... Je vous ai déjà dit
qu'il le détestait, donc je vous laisse imaginer. Il fait jouer la corde patriotique de ses auditeurs, flatte leur ego d'Athéniens (ils sont les anciens maîtres de la Grèce, les vrais démocrates,
etc. etc.). Et ça paie : il est acquitté et Eschine condamné à une si forte amende qu'il doit s'exiler.
Mais bon, le texte en lui même est barbant. Démomo fait constamment référénce à des évènements qui bien sûr étaient connus des Grecs de l'époque, mais qui nous obligent nous à aller chercher dans
des manuels d'histoire de quoi il s'agit. Autant vous dire que ça ne rend pas la lecture agréable. Et puis, c'est un peu lassant de voir notre auteur se jetter constamment des fleurs, encenser sa
politique et porter Athènes si juste, égalitaire et bien intentionnée aux nues, alors que précisément, elle a fait quelques décennies auparavant ce que Philippe est en train d'accomplir. C'est
l'hôpital qui se fout de la charité...
Sincèrement, à moins d'être passionné par Démosthène et/ou l'histoire politique d'Athènes, c'est un discours loin d'être indispensable.