Lego

Lundi 26 janvier 2009
Un petit article sur un orateur grec, parce que ça faisait longtemps. Pas n'importe lequel, s'il vous plaît : Démosthène. Un auteur très agaçant à traduire, je ne vous le cache pas. Mais bon, c'est un incontournable, que voulez-vous... Notre homme est connu - outre ses discours, naturellement - pour son engagement politique contre Philippe de Macédoine (le père d'Alexandre le Grand).

Petit cours d'histoire rapide et lacunaire
Je ne vous présente pas Athènes, qui a connu son heure de gloire au Ve avant JC, notamment en s'illustrant contre les Perses lors des guerres médiques. Ça, c'était au début du siècle ; à la fin, la situation est moins glorieuse puisque Athènes est battue par la grande rivale Sparte (plus d'info sur les conséquences de cette défaite dans cet article). Après cela, s'en est fini de l'hégémonie d'Athènes. Sparte a un moment le pouvoir, puis est battue par  Thèbes (la ville grecque, hein, pas l'égyptienne). Et finalement c'est la Macédoine, menée par Philippe II, qui va mettre tout le monde d'accord milieu IVe.
La Macédoine, début IVe, c'est un pays considéré comme "barbare" par les Grecs, dont personne n'imagine qu'à peine 50 ans plus tard, il aura mis au pas les plus grandes cités de Grèce. Quand Démosthène évoque Pella, la capitale, il parle d'un lieu "petit et obscur". Pourtant, c'est bien de là qu'émerge Philippe, qui va remettre sur les rails son royaume où tout va mal. Après avoir réglé la politique intérieure, il commence une expansion de ses terres...

Voilà, pour vous situer un peu le contexte. Le Sur La Couronne est en fait un discours judiciaire, prononcé par Démosthène pour se défendre lui-même, même s'il n'est pas l'accusé. Le procès à la base oppose Eschine, partisan de Philippe, à Ctésiphon ; ce dernier, ami de Démosthène, a proposé que l'on remette à l'homme politique une couronne pour services rendus à la cité. Mais cette démarche ne plaît pas Eschine qui la juge, pour diverses raisons que je ne vous exposerai pas, illégale. Il intente donc un procès à l'auteur de la proposition de loi, mais attaque à travers lui Démosthène.

Démosthène se défend en insistant sur deux points : son comportement exemplaire vis-à-vis de la cité, sa bienveillance envers ses concitoyens, et aussi la supériorité naturelle d'Athènes (oui, il avait un peu la grosse tête). À l'inverse, Eschine est présenté comme un traître, un fils d'esclave qui n'est animé que par l'argent et l'envie de gloire. Quant à Philippe... Je vous ai déjà dit qu'il le détestait, donc je vous laisse imaginer. Il fait jouer la corde patriotique de ses auditeurs, flatte leur ego d'Athéniens (ils sont les anciens maîtres de la Grèce, les vrais démocrates, etc. etc.). Et ça paie : il est acquitté et Eschine condamné à une si forte amende qu'il doit s'exiler.

Mais bon, le texte en lui même est barbant. Démomo fait constamment référénce à des évènements qui bien sûr étaient connus des Grecs de l'époque, mais qui nous obligent nous à aller chercher dans des manuels d'histoire de quoi il s'agit. Autant vous dire que ça ne rend pas la lecture agréable. Et puis, c'est un peu lassant de voir notre auteur se jetter constamment des fleurs, encenser sa politique et porter Athènes si juste, égalitaire et bien intentionnée aux nues, alors que précisément, elle a fait quelques décennies auparavant ce que Philippe est en train d'accomplir. C'est l'hôpital qui se fout de la charité...

Sincèrement, à moins d'être passionné par Démosthène et/ou l'histoire politique d'Athènes, c'est un discours loin d'être indispensable.
Par Haeru
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Lundi 19 janvier 2009
Je sais ce que vous vous demandez : mais qu'est-ce que c'est que ce titre, encore ? Eh bien, tout simplement celui d'un de mes derniers coups de cœur manga. Jusqu'à ce que la mort nous sépare, avec aux commandes Hiroshi Takashige (scénario) et DOUBLE-S (dessins), publié par Ki-oon, un éditeur qu'il est bien. Série en 8 tomes, actuellement en cours au Japon.

L'histoire
Haruka est une jeune demoiselle de douze ans dotée d'une capacité pour le moins incroyable, puisqu'elle peut prédire l'avenir de ceux qui lui sont proches, avec un taux de réalisation de plus de 90 % ! Naturellement, un tel don attire les envies : qui ne rêverait pas de savoir les choses à l'avance ? Ce qui devait arriver arriva : la malheureuse médium se fait enlever par un groupe de yakusa. Alors qu'elle se trouve dans une voiture avec ses ravisseurs, elle sent que dehors, tout près, se trouve quelqu'un qui peut la sauver. Elle s'enfuit et court désespérement vers Mamoru, un aveugle. Elle lui demande de l'aide ; il hésite d'abord, puis accepte. Leur pacte durera "jusqu'à ce que la mort les sépare".
Mais Mamoru n'est pas un aveugle ordinaire : il fait parti d'un groupe, Element Network, dont le but est de combattre le crime par des moyens plus ou moins légaux (plutôt moins, en fait). C'est aussi un expert en maniement des armes blanches, qui va donc protéger la jeune fille de ceux qui veulent s'emparer d'elle.

Ce manga a vraiment tout pour plaire. Des personnages charismatiques, une bonne intrigue, un beau graphisme... que demander de plus ? On prend vraiment beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Mamoru, Haruka and co, et à découvrir petit à petit le reste des membres d'Element Network, mais aussi leurs ennemis. Les personnages principaux ont leur part de mystère, à commencer par Mamoru, et sont attachants (Haruka, par exemple).
Et puis ça bouge pas mal, on n'a pas le temps de s'ennuyer !
Sans compter que, vraiment, les dessins sont canons. Vous pouvez d'ailleurs apprécier par vous-même les qualités du trait de DOUBLE-S en allant sur cette page, où le chapitre 1 du premier tome est proposé gratuitement en lecture en ligne. Ce serait dommage de s'en priver !

Bref, une très bonne série !
Par Haeru
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Lundi 17 novembre 2008
Michel de Montaigne et les Essais... Des noms que l'on croise au lycée, souvent, mais sans trop approfondir. On lit un extrait (on tente même de le déchiffrer si c'est écrit en moyen français), on en discute avec le prof, et puis voilà on passe à autre chose. Il faut dire que lire Montaigne, ce n'est pas forcément une sinécure (surtout quand on découvre).

Mais d'abord, un petit topo sur l'auteur et son oeuvre. Montaigne est né en 1533, pour mourir en 1592. C'est un homme qui doit être connu dans la région de Bordeaux, puisqu'il a été maire de la ville. Il aimait à se retirer dans son domaine, et plus particulièrement dans sa "librairie" (une bibliothèque, donc) ; cela ne l'empêcha pas non plus de prendre part aux évènements de son temps (notamment religieux). Les Essais, quant à eux, sont constitués de trois livres, qui n'ont pas tous été écrits en même temps. Le but de l'auteur était d'apprendre à mieux se connaître à travers ses réflexions. Car pour lui, c'est là l'utilité de la philosophie : comprendre sa nature.

Ensuite, devinette : connaissez-vous la devise de Montaigne ?
Réponse : que sais-je ?
Bonne question, à laquelle je vous laisse le soin de réfléchir. Pour tenter d'y répondre, Montaigne, lui, a mis par écrit son ressenti sur divers sujets, avec en toile de fond, comme je vous le disais, sa propre personne. Il donne son avis, justifie telle idée, passe du coq à l'âne et se contredit parfois. En réalité c'est bel et bien la pensée d'un humaniste qui s'offre à nous, avec son lot de paradoxes, mais surtout des réflexions profondes sur un monde plein de changements et de découvertes (nouveau monde, Réforme, etc.) mais qui se nourrit de philosophie antique. Autant vous dire que c'est extrêmement intéressant.

C'est une impression purement personnelle, mais il me semble que Montaigne nécessite un temps d'adaptation, surtout si vous lisez dans le texte, c'est-à-dire en moyen français (ce que je vous conseille de faire, par ailleurs). C'est un peu comme Proust (un jour, je vous parlerai de Marcel, si si) : il faut s'habituer et même s'imprégner du style pour pouvoir apprécier les idées. Bref, si vous ne vous faites pas à la forme, vous ne goûterez jamais le fond... ce qui serait très regrettable, aussi bien pour Proust que pour Montaigne. Ces textes sont tellement riches !

En tout cas, les Essais : un classique, parfaitement incontournable.
Par Haeru
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Lundi 22 septembre 2008
Aujourd'hui, c'est littérature latine ! Ouais ! Je vais vous parler de Plaute, qui est avec Térence un des deux grands auteurs de comédie latins. Plus précisément, mon propos portera sur Amphitryon. Commençons par un résumé.

Amphitryon vit à Thèbes. Il est parti en guerre contre les Téléboens et a laissé à la maison sa femme, la belle Alcmène, enceinte de lui. Mais cette dame est tellement admirable que Jupiter, le roi des dieux, s'est épris d'elle. Profitant de l'absence du mari, il se rend à Thèbes accompagné de son fils Mercure. Il aborde Alcmène sous les traits d'Amphitryon : elle croit donc retrouver son mari. Mercure, de son côté, devient le sosie de... Sosie (c'est de là que vient notre nom commun !), l'esclave du maître de Thèbes.
Mais voilà : les vrais Amphitryon et Sosie rentrent chez eux. Ils sont accueillis par une Alcmène perdue : elle vient de faire ses adieux à son mari (Jupiter, donc) peu de temps auparavant. S'en suivent quiproquos, doutes sur la fidélité d'Alcmène, incompréhension des mortels... Et finalement, tout fini bien. Alcmène accouche de jumeaux. L'un, Iphiclès, est le fils d'Amphitryon ; quant à l'autre, fils de Jupiter, il reçoit le nom d'Hercule...

On a là une pièce un peu particulière dans le registre de Plaute puisqu'il s'agit d'une tragi-comédie. On a des passages sérieux qui entrecoupent des scènes destinées à faire rire avec jeux de mots, agitation sur la scène (avec le seruus currens, par l'exemple, où l'escalve court dans tous les sens) et bien évidemment quiproquos en série.
La traduction peine malheureusement à rendre justice au texte original (eh oui, les bons mots s'exportent difficilement), ce qui est bien dommage car l'humour passe beaucoup par le verbe. Sans doute cela rend-il Amphitryon moins intéressant. Les lacunes qui emputent la pièce de presque tout un acte n'aident pas non plus. Enfin, la lecture reste plaisante... mais sans plus.

On en apprend aussi sur la cité romaine et sur la mythologie, mais je pense qu'il existe des pièces plus percutantes que celle-ci. Le plus curieux, c'est que Amphitryon a eu une belle descendance. Molière, Giraudoux... Ça peut valoir le coup de lire toutes ces versions différentes pour ensuite les comparer. Si le fond est le même, la forme varie fortement en fonction des époques.

Bref, probablement pas la meilleure pièce de Plaute mais à lire (hop) si vous êtes curieux...
Par Haeru
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Mercredi 30 juillet 2008
Si je vous demande de me donner le nom d'un auteur latin, je parie que 90% d'entre vous répondront : Cicéron. Forcément, c'est probablement l'orateur le plus connu de l'Antiquité, et tous ceux qui ont fait du latin (même juste un peu) ont eu affaire à lui. Il faut dire que la langue qu'on trouve dans nos grammaires, c'est la sienne. Latin classique de la République mourrante.

Bon, je ne vais pas vous faire un résumé de la vie du monsieur, vous trouverez ça ailleurs. Sachez tout de même qu'il a été questeur en Sicile en 75 avant JC (c'est pour ça que les Siciliens se sont tournés vers lui quand ils ont eu besoin d'un avocat).
Concernant De suppliciis (Les Supplices en français), il s'agit d'un discours daté de 70 avant JC dirigé contre Verrès, propréteur de Sicile malhonnête. On a toute une série de discours liés à ce procès ; on les regroupe sous le nom de Verrines. En fait, seul le début du discours (première action) a été prononcé au tribunal : devant les témoignages accablants des Siciliens, Verrès a pris la fuite et a été condamné. Cicéron n'a donc pas pu prononcer tous les textes qu'il avait préparés. La seconde action, qui comprend cinq discours, a tout de même été publiée. Le De suppliciis en est la dernière partie.

Le texte porte sur deux points : l'incapacité de Verrès à être un bon général et à défendre la Sicile contre les pirates, et sa cruauté envers des citoyens romains mis à mort injustement. Toujours en suivant le fil rouge des Verrines : la cupidité du préteur, sa luxure, sa mollesse...

Le texte n'est pas trop compliqué, mais j'avoue qu'il ne m'emballe pas outre mesure. L'ensemble est quand même lourd, et très loin des beaux discours de Lysias, tellement légers et vivants ! Mais ça reste un incontournable... Pour le lire en français, c'est ici.
Par Haeru
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